Marcher avec Laz : une matinée lyonnaise au cœur de la philosophie de l’ultra

Publié le 24 août 2026 à 15:35

Sur les quais de Saône et du Rhône, une silhouette bien connue du monde de l’ultra a pris le temps de marcher, d’échanger et de raconter des histoires. Son nom : Lazarus Lake, plus connu sous le surnom de Laz.

À l’occasion de sa venue exceptionnelle en France, une marche conviviale était proposée au départ du Vieux-Lyon. Le principe était à l’image du personnage : pas de chrono, pas de classement, pas de mise en scène. Simplement quelques kilomètres, un groupe de passionnés et l’occasion rare de partager un moment avec l’un des personnages les plus singuliers de l’histoire du trail et de l’ultra-endurance. La sortie, annoncée sur les quais de Saône et du Rhône sur une distance d’environ 8 kilomètres, affichait complet.

Pour le DC Running Club, cette rencontre raconte bien plus qu’une promenade lyonnaise. Elle permet de comprendre pourquoi Laz fascine autant, ce qu’il a changé dans le monde de l’endurance et comment ses idées continuent de se diffuser, jusqu’en France.

Qui est vraiment Laz ?

Lazarus Lake est le nom d’emprunt de Gary Cantrell, figure emblématique de l’ultrarunning américain. Mais réduire Laz à son statut de créateur de courses serait passer à côté de l’essentiel.

Depuis des décennies, il imagine des épreuves qui ne cherchent pas seulement à mesurer la vitesse ou la performance. Elles interrogent plutôt notre rapport à la difficulté, à l’échec, à la liberté et à nos propres limites.

Son œuvre la plus célèbre reste évidemment la Barkley Marathons, créée dans le Tennessee en 1986. Une course devenue mythique, presque légendaire, notamment en raison de son parcours volontairement difficile, de ses règles mystérieuses, de son fonctionnement atypique et de son extrême exigence. La Barkley est souvent présentée comme l’une des épreuves les plus difficiles au monde.

Mais Laz a également créé un autre format qui a profondément marqué l’ultra-endurance : la Backyard Ultra.

Et c’est peut-être là que son influence est aujourd’hui la plus visible.

La Backyard Ultra : une idée d’une simplicité redoutable

Le principe tient presque en une phrase :  courir 6,706 kilomètres, repartir au début de chaque heure, et recommencer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Dans une Backyard Ultra officielle, chaque participant doit parcourir exactement une boucle de 4 miles et 880 yards, soit 6,7056 kilomètres, avant le prochain départ.

Le départ suivant a lieu précisément une heure plus tard. Le coureur qui termine en 45 minutes dispose donc de 15 minutes pour manger, boire, se changer, récupérer ou simplement reprendre son souffle avant de repartir. Celui qui ne termine pas la boucle dans l’heure est éliminé. Et surtout, il n’y a pas de distance maximale annoncée. La course continue aussi longtemps que les coureurs continuent.

Le vainqueur est tout simplement le dernier à réussir un tour que les autres ne parviennent pas à accomplir. Tous les autres sont techniquement classés DNF, même s’ils ont parcouru 100, 200 ou 300 kilomètres.  Cette mécanique change complètement la manière de courir. Le but n’est plus de partir vite. Il faut durer. Il faut gérer son énergie. Il faut accepter de ralentir. Il faut trouver le rythme qui permet de revenir, encore et encore, à l’heure exacte. 

Et c’est précisément ce qui rend la Backyard si fascinante : elle transforme la performance en problème de gestion, de lucidité et de résistance mentale.

Pourquoi ce format est devenu un phénomène mondial

La première Backyard Ultra, Big’s Backyard Ultra, a été créée par Laz au Tennessee. Le format s’est ensuite diffusé dans le monde entier et a donné naissance à une véritable communauté internationale de courses et de coureurs. En 2025, le championnat du monde organisé à Bell Buckle, chez Laz, a encore illustré cette expansion : 72 concurrents ont pris le départ et 34 ont amélioré leur record personnel. Le vainqueur, Phil Gore, a terminé après 114 tours, soit près de 764 kilomètres.

Les performances individuelles sont devenues spectaculaires. Le record absolu recensé atteint désormais 119 yards, soit environ 798 kilomètres, réalisés par l’Australien Phil Gore.Mais le véritable impact du format se trouve peut-être ailleurs. La Backyard ne récompense pas uniquement l’élite. Le système permet à chacun de définir son propre niveau de réussite. Faire 6,7 kilomètres peut déjà constituer un accomplissement. Tenir cinq heures, c’est une nouvelle étape. Atteindre 100 miles en 24 heures en est une autre.

Le site officiel de Big’s insiste d’ailleurs sur cette idée : le format permet à de nombreux coureurs d’aller plus loin qu’ils ne pensaient possible, notamment grâce à une atmosphère collective où chaque participant contribue, d’une certaine manière, à la performance des autres. C’est l’un des paradoxes les plus intéressants de l’univers de Laz : une course dont le principe est de finir seul est aussi une course profondément collective.

La Backyard est déjà profondément implantée en France

Cette philosophie a trouvé un terrain particulièrement fertile en France, et notamment en Chartreuse.

La Chartreuse Backyard Ultra a organisé sa première édition en 2019 à Saint-Laurent-du-Pont. Il s’agissait alors de la première Backyard Ultra organisée en France. Le format y a immédiatement trouvé un écho auprès de la communauté ultra.

Depuis, la course a grandi. En 2025, l’épreuve a vu Sonia Poutrel s’imposer après 47 tours, soit plus de 315 kilomètres. L’édition 2026 est déjà complète. La Chartreuse constitue d’ailleurs un point de rencontre particulier avec l’univers de Laz. Le massif abrite aussi la Chartreuse Terminorum, inspirée de la Barkley, et l’histoire française des formats imaginés par Laz y est particulièrement forte.

C’est dans ce contexte que la venue de Laz prend une dimension particulière : son passage en France n’est pas seulement celui d’une célébrité du trail. C’est le déplacement d’un créateur vers des lieux et des communautés qui ont directement prolongé ses idées.

Pourquoi  marcher avec Laz ?

Il y a quelque chose de presque symbolique à voir le créateur de certaines des courses les plus extrêmes de la planète choisir… la marche.

Laz ne vient d’achever une nouvelle traversée des États-Unis à pied. À 71 ans, il a atteint l’océan Pacifique fin mai 2026 après un projet de traversée transcontinentale entamé en 2024 et achevé en plusieurs étapes, pour environ 4 800 kilomètres entre la côte Est et San Francisco.

La marche proposée à Lyon s’inscrit donc dans une continuité assez évidente. Laz ne parle pas seulement d’endurance : il la pratique sous toutes ses formes.

Courir. Marcher. Recommencer. Accepter la lenteur. Avancer quand même.

Et c’est probablement ce qui rend une sortie comme celle du 23 août particulièrement intéressante. Une rencontre avec Laz n’a pas besoin d’un podium ou d’un départ de course. Une heure de marche suffit pour comprendre que son univers repose moins sur la vitesse que sur une certaine manière d’aborder l’effort.

Une semaine française à l’image de son univers

La venue de Laz en France, organisée avec Raidlight, dépasse largement la seule marche lyonnaise. Après Lyon, plusieurs rendez-vous sont prévus : une marche à Hauterives, autour des chemins associés au Facteur Cheval, puis une étape en Chartreuse, directement sur la boucle de la Chartreuse Backyard, avant Chamonix.

Ce parcours n’a rien d’anodin. À Lyon, il rencontre la communauté dans un cadre urbain et accessible. À Hauterives, il est question de création, de persévérance et de l’histoire du Facteur Cheval. En Chartreuse, il retrouve un territoire où son imaginaire sportif a profondément marqué le paysage de l’ultra français.

Et à Chamonix, il arrive au cœur de la plus grande semaine du trail mondial.

Chamonix : la première mondiale de The Hillbilly Scientist

Le point culminant de cette venue française sera sans doute Chamonix, le 27 août 2026, avec la première mondiale de The Hillbilly Scientist, le documentaire officiel consacré à Lazarus Lake.

Le film, réalisé par Paul Mellor et Luke Jarmey et produit par Mellor&Smith, propose une immersion dans la personnalité et le parcours de Laz : son enfance, les étapes importantes de sa vie, les controverses qui ont entouré ses créations, mais aussi la naissance de la Barkley et de la Big’s Backyard Ultra.

Le documentaire revient notamment sur son quotidien dans le Tennessee et sur plusieurs figures majeures de l’ultra, parmi lesquelles Jasmin Paris, John Kelly, Mathieu Blanchard, David Horton, Rachel Entrekin et Damian Hall.

La projection aura lieu au Cinéma Vox de Chamonix, avec trois séances programmées à 14h, 16h et 19h. Chaque projection est suivie d’un échange avec Laz.

La séance de 16h est déjà annoncée complète, preuve supplémentaire de l’intérêt suscité par cette venue.

Mais le plus intéressant dans ce film est peut-être qu’il ne cherche pas simplement à raconter des exploits sportifs.

Il cherche à raconter l’homme derrière les épreuves. Et c’est précisément là que l’histoire de Laz devient universelle.

L’impact de Laz : avoir changé la question

L’impact de Lazarus Lake sur l’ultra ne se résume pas au nombre de Backyard Ultra organisées dans le monde ou aux kilomètres parcourus par leurs participants. Son influence est plus profonde. Il a contribué à faire évoluer la question que se pose un coureur.

Pendant longtemps, l’endurance pouvait se résumer à : jusqu’où peux-tu aller ? La philosophie de Laz ajoute une autre question :

combien de temps peux-tu continuer à choisir d’y retourner ?

Dans une Backyard, chaque heure remet le compteur à zéro. Il faut décider de repartir. Puis décider encore. Et encore.La force du concept vient précisément de cette répétition.

Le corps fatigue.
Le sommeil manque.
La motivation fluctue.
La boucle reste la même.

À partir d’un certain moment, ce n’est plus vraiment une compétition de vitesse. C’est une négociation permanente avec soi-mêmeCette idée dépasse largement la course à pied. Elle parle de persévérance, de résilience, d’engagement, de capacité à accepter l’inconfort sans savoir exactement quand il prendra fin. Une philosophie parfaitement en phase avec l’esprit du DC Running Club.

C’est sans doute pour cela que cette rencontre lyonnaise résonne autant. Le DC Running Club s’intéresse aux expériences qui ne se racontent pas seulement en chiffres : celles que l’on vit, que l’on partage et qui transforment notre manière de regarder un territoire, une pratique ou nos propres limites. Marcher avec Laz pendant quelques kilomètres peut sembler anecdotique face aux centaines de kilomètres de la Barkley ou d’une Backyard.

Parce que Laz a toujours construit son univers autour d’une idée simple : la difficulté n’a de sens que lorsqu’elle devient une expérience personnelle. Sur les quais de Lyon, il n’y avait ni barrière, ni chronomètre, ni classement.  Seulement une ville, une marche et un groupe de personnes venues rencontrer celui qui a imaginé certaines des épreuves les plus impossibles de l’ultra.

Et peut-être que c’est précisément cela, le plus beau paradoxe de Laz :  après avoir créé des courses où l’on repousse les limites du corps jusqu’à l’extrême, il continue à montrer que l’essentiel est parfois simplement de mettre un pied devant l’autre — et de continuer.

Pour aller plus loin.

Si vous aussi, vous souhaitez vous dépasser, aller vous chercher, vous reconnecter à vous-même et vous retrouver, le DC Running Club vous donne rendez-vous à la Backyard de Beauzac pour une expérience unique.

Ana


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Commentaires

Ana
il y a 3 heures

Rencontrer une personne hors du commun, c’est parfois avoir la chance de rencontrer son idole. Mais pour moi, c’est bien plus que ça : c’est une expérience qui marque une vie, celle de rencontrer un homme d’une telle humilité, d’une telle simplicité et d’une si belle humanité.

Lolo
il y a 3 heures

Un superbe reportage 👏👏

Thierry
il y a 31 minutes

Zatopek disait que pour se coinnaitre, il fallait courrir un marathon, Laz ouvre le champ des possible ...Une tres belle decouverte...merci le DC running club.